Le type Sentait la peur à plein nez.
Smag lui avait pourtant assuré que sa cible lui donnerait du fil à retordre.
"-Un marché est un marché. Soit tu m'en trouve un et je t'aide pendant la traversée, soit c'est de ton propre cas dont je m'occupe.
-Iz...on est amis non? Ne fais pas ça, il me manque juste un peu de temps, encore deux ou trois jours...
-Amis? Écoute-moi bien, parce que je ne vais pas te le répéter deux fois. Je t'aide uniquement parce que je compte te doubler quand on sera à destination, et à ce moment-là... tu aura intérêt à courir vite. Mais pour l'instant on doit faire équipe, et si tu ne me fourni pas quelque chose pour assouvir mes penchants, c'est toi qui va y passer et j'entamerai la suite de ta charmante petite épopée seul.
-D...d'accord, c'est promis Iz. C'est promis."
Smag n'était qu'un gros lourdaud à ses yeux. Il ne lui servait qu'à dégoter des proies faciles, le temps que tout soit prêt pour partir. Mais il commençait à se lasser de victimes si simples à chasser.
Le dernier en date n'avais pas survécu plus de cinq minutes. Celui-ci tenait un peu plus longtemps, depuis une bonne heure déjà, mais uniquement parce que la migraine qui martelait le crâne d'Iz le gênait pour se concentrer. Perdu dans ses pensées, il avait perdu la notion du temps, et l'aube commençait déjà à se lever.
Il respira un grand coup. L'expression qu'il affichait était si sereine qu'elle en était presque effrayante. Il joua encore quelques minutes avec sa dague, puis il descendit de la caisse en bois où il s'était assis.
Le port était son terrain de jeu préféré. Ses proies tentaient toujours de se cacher dans les entrepots, puisqu'elles étaient trop faibles pour aller plus loin.
C'était tellement simple. Il partit en marchant vers l'ouest, tel un promeneur très matinal. Le vent lui apportait les Effluves salées des vagues, quelques Odeurs d'épices...
Mais surtout, celle qu'il préférait entre toutes, celle de la peur. Pas une phobie non, mais l'angoisse pure, celle qui prolonge l'attente, qui attise le doute pour le modeler en paranoïa, celle qui s'immisce petit à petit dans chaque parcelle du corps, chaque muscle, chaque os, jusqu'à n'être plus qu'une sombre idée rongeant le peu de bon sens qu'il pouvait encore rester au pauvre bougre qui croyait entendre les pas de son bourreau à chaque seconde.




